Imagine une
bouchée désignée d’un mot doux, d’un chuchotis d’amour, injuriée communément sous la dénomination de crotte en chocolat. Elle surgit entre les doigts après l’avoir déshabillée de son film
protecteur rose, rose comme une bouche en cœur qui attend d’être croquée, comme une culotte de soie rose qui attend d’être arrachée. Imagine un sarcophage de fin chocolat d’un centimètre et demi
sur son plus grand côté. A l’intérieur, une fine capsule de sucre cristallisée emprisonne une liqueur qui voudrait ressembler à un Guignolet sinon à un Kirsch de fantaisie. Quand la dent perce ce
blindage dérisoire, la fuite est instantanée. Le génie créateur du confiseur a su transformer une promesse en une surprise, si proche d’un orgasme inattendu dont les effets ruissellent sur la
langue. Le liquide se répand dans la bouche. Il faut le retenir un moment, le temps que chaque papille dispose d’une part de félicité gustative. La mâchoire suspend son couperet. Il faut de la
volonté que les gourmands savent apprivoiser pour se refuser de mâcher la cerise, qui se dissimule tel un joyau au fond de la cavité, pour s’interdire de rompre le sortilège. Alors, on ferme les
yeux et l’idée du bonheur vient fugacement t’embrumer l’esprit au cœur d’un ailleurs radieux. Parfois, la poésie s’interrompt d’un brutal : « Putain, c’est bon, je vais te bouffer
le cul, ma crotte ! » L’effet de Mon Chéri est garanti.
Extrait de « Mythologies prosaïques » de Max Obione à la poursuite de Roland Barthes.
À suivre avec : la portion de Vache qui rit, le Carambar, la 2 CV, la gaufre royale, etc...
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