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K-libre publie un papier de Joël Jégouzo sur mon roman Les vieilles décences,
qualifié en titre de "polar-terreux"...Voici l'article :
Raymond Japhet, dit Raja. Né dans les années 40, famille juive, râflée au Veld’hiv. Il fut alors confié en catastrophe
aux époux Vidoche, qui vont l’élever... Magistrat intègre, sans illusion sur sa carrière, termine au Parquet comme substitut. Pas brillant... Épouse Mone, femme de caractère... Joue de la
clarinette, prend des cours de Yiddish pour renouer avec ses origines. À la retraite, devient avocat pour les petites gens. Installe son cabinet au fond du bistrot la Périchole... Rencontre enfin
Maurice Cintray, dit Mau, ancienne relation de travail. Est né dans les années 1940 dans un bled d’Eure-et-Loir. Enfance malheureuse. Devient un vrai Gavroche, puis carrière de flic basique.
Instinctif, rusé, grande gueule et franc buveur. Teigneux. Collectionne les conquêtes qui se prénomment Janine.
Tous les deux apprécient le pinard de la Loire.
Le polar-terreux, version Obione
Mau, ancien flic, a entraîné son vieux pote Raja, magistrat à la retraite, dans une partie de pêche. Faute d'ablettes,
ils ferrent un cadavre... Un cadavre dont la main est curieusement refermée sur un épi de blé. Mau diagnostique un meurtre. Mais pour les locaux (les gendarmes et le canard du coin), le noyé
s'est noyé, point barre. C'est prendre Mau pour un idiot... Les deux compères enquêtent donc. D'autant qu'à la morgue, le cadavre livré par les pompiers n'est pas le bon. De fil en aiguille, nos
deux acolytes finissent par lever une grosse affaire. Un vicomte (frelaté), un ricain (vrai de vrai), des bookmakers, d'anciens ministres, des préfets, des sénateurs et autres huiles, cul et
chemise pour mener à terme leurs sordides embrouilles dont la Beauce est le théâtre. Une insulte au terroir ! Mau et Raja voient rouge et font le ménage... Sans ménagement.
Quelle galerie ! Quel couple que celui de ces deux retraités, Mau et Raja, veilleurs improbables de notre monde si moche. Braillards, paillards, il y a du Gabin dans ces deux-là, dans leur
vadrouille exubérante de papys flingueurs. Du coup, la gouaille est à discrétion. Max Obione nous sert une langue truculente, qui de "pucier" à "ramenard", dévale à toute blinde le baragouin des
gens de peu, la langue des bords de route du Tour de France, en marcel et pastaga. Une langue qui, à elle seule, vaut tous les lieux de mémoire et accomplit, pour notre régal, ce certain ton
longuement mûri par le polar français. Un polar qui baguenaude en somme, jovial, picaresque, qui prend la clef des champs, s'enchampêtre si on osait, de bonnes odeurs espiègles et
franches.
Citation :
Le temps : c'est une addition de petites morts qui viennent niquer de petites
vies.
Joël Jégouzo vendredi 20 mars 2009
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