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La lecture de Dunes froides, le troisième roman de Jeanne Desaubry, me rappelle le mot de Fernando Pessoa : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas ». En effet, l’imaginaire du médium reconstruit le réel insatisfait, le roman explique le monde. José Cabanis disait : « Je n’ai jamais aimé que les livres où l’on entend la voix de l’auteur. Un écrivain écrit « à sa manière » qui permet de le reconnaître du premier coup d’œil, et il y a dans tout ce qu’il fait, çà et là, « des bonheurs d’écriture ». Hors de là, il n’existe que des tâcherons. »

Dans ce roman, entre deux bourrasques de vent du Nord, on entend la voix de l’auteure – a voice –  grâce à son écriture fluide parfois elliptique. Cette singulière alchimie opère, celle de la fusion d’une histoire et d’une manière unique de la raconter. Dans Dunes froides, on collectionne les petits bonheurs, le style est sec comme un verre de genièvre vert. Une  coulée âpre dans la gorge. Cependant, ce livre travaillé ne sent pas la besogne du tâcheron, même d’un tâcheron honnête. Ce livre est une réussite, Jeanne Desaubry mobilise de mieux en mieux son talent détecté déjà dans son premier livre Hosto.

Brise l'âme 

Il faut citer in extenso le texte signé Nigel Greyman qui accompagne la sortie de l’ouvrage : « Faisant suite à la flamboyance combative de l'héroïne de son précédent roman – Le passé attendra – le destin des personnages de Dunes froides s'accomplit dans une fatalité indépassable. Tout est contraste dans ce rapprochement. A la nature luxuriante de la Provence succèdent les stations balnéaires du Pas-de-Calais, à la saison hivernale de surcroît. D'où une atmosphère de désolation pétrie de vent, de dunes, de sables, de mer grise, de pluie, de villas closes, de froid, et encore de pluie omniprésente. La désolation est dans les cœurs également et mène au drame paroxystique - le crime passionnel. Le style asséché de l'auteure donne ce rendu d'esquisse, en clair-obscur, en ombres inquiétantes, introduisant un malaise au fur et à mesure qu'on découvre les versants noirs des personnages. Mensonges, dissimulations, constituent la trame de l'histoire au sentimentalisme dévoyé. " Les histoires d'amour finissent mal en général … ", est-il annoncé en exergue du livre citant un vers d'une chanson des Rita Mitsouko. Triste présage ! Méditation désespérante ! La démonstration s'effectue au long du roman, les strates des souvenirs sont une carapace empêchant l'émergence d'un bonheur simple, le passé douloureux resurgit ; de la vie cassée, aucun rafistolage sentimental ne peut conduire à l'accomplissement, à la fusion des êtres. Ce roman relate cette impossibilité, propre à la passion contrariée qui peut conduire à la pire extrémité. Utilisant les codes du genre, ce roman noir original vous enveloppe d'un grand manteau d'absence glacée. En refermant ce livre, on se prend à souhaiter pour soi-même une vie sans histoires... »

A lire sans délai !


4ème de couverture


Le sale temps de l’hiver a redonné aux immenses plages du Nord leur aspect de désert marin, glacial et mouillé. Le vent souffle, le sable cingle. Les villas sont closes. Toutes sauf une, cachée au milieu des dunes, occupée par un couple insolite. Victor Markievicz, la soixantaine passée, et Martha, trop jeune, trop fragile. Lune de miel atypique ou cavale ? Leur présence intrigue et excite le voyeurisme d’un personnage énigmatique. Après la découverte d’un cadavre rejeté sur le rivage, les relations perverses entretenues par le trio iront crescendo vers un dénouement aussi inattendu que dramatique.

Jeanne Desaubry installe un climat angoissant nourri de petits riens, disséquant les amours pathologiques d'un couple en crise. Etonnant récit à contre-pied où la comédie des sentiments est résolument pessimiste. Une écriture épurée, maîtrisée, un thriller sentimental très noir.


232 pages, poche, 9,50 €
ISBN 978-2-916330-34-1

Livre édité chez Krakoen Détail

Photos : portrait de Peggy Hallas, couverture de Frédéric Duchesnay

Tag(s) : #Ils ont lu...
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